Leçon 2.1.1 — Qu’est-ce qu’une donnée personnelle ?

Niveau : 🟢 Découverte · Type : Texte · Durée de lecture : ~8 min

Objectifs de la leçon

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • définir une donnée personnelle ;
  • reconnaître les données que tu laisses sans t’en rendre compte ;
  • comprendre pourquoi ces données ont de la valeur.

Une donnée personnelle, c’est quoi ?

Une donnée personnelle, c’est toute information qui permet de t’identifier, directement ou indirectement.

Les évidentes, tu les connais : ton nom, ta date de naissance, ton adresse, ton numéro de téléphone, ta photo. Si on te les demande, tu sais que tu donnes quelque chose de personnel.

Mais il y a aussi des données personnelles auxquelles on ne pense jamais, parce qu’on ne les « donne » pas volontairement — on les laisse :

  • ta position (où tu es, où tu vas, à quelle heure) ;
  • ton historique de navigation (les sites que tu visites) ;
  • tes recherches (ce que tu tapes) ;
  • la liste de tes contacts ;
  • même ta façon de faire défiler un écran ou le temps que tu passes sur telle vidéo.

Prises ensemble, ces miettes dessinent un portrait étonnamment précis de qui tu es : tes goûts, tes habitudes, tes fréquentations, parfois ton humeur.


Le « profil » que tu ne vois pas

Voici l’idée qui surprend le plus. Les grandes plateformes ne se contentent pas de stocker ce que tu leur donnes. Elles assemblent tes miettes pour construire un profil de toi : ton âge probable, tes centres d’intérêt, ta situation, tes envies du moment.

Un exemple concret : tu n’as jamais dit à une appli que tu partais en vacances. Mais elle le devine — parce que tu as cherché des billets de train, regardé la météo d’une ville, et que ta position a changé. Le profil se met à jour tout seul.

Ce profil, tu ne le vois pas, mais il existe. Et c’est lui qui a de la valeur.


Pourquoi mes données valent de l’argent

Une donnée seule ne vaut presque rien. Des millions de profils valent une fortune. Pourquoi ?

Parce qu’ils permettent de cibler la publicité avec une précision inédite. Un annonceur ne veut pas montrer sa pub à tout le monde : il veut la montrer à la bonne personne, au bon moment. « Un ado de 15 ans qui aime le foot et vit près de Tours » vaut plus, pour un vendeur de crampons, que « quelqu’un, quelque part ».

Retiens la logique : tes données servent surtout à te vendre des choses (ou à vendre ton attention à ceux qui veulent te vendre des choses). On verra le détail de ce modèle en 2.1.3.


À retenir

  • Une donnée personnelle = toute information qui permet de t’identifier, directement ou indirectement.
  • Il y a celles que tu donnes (nom, âge…) et celles que tu laisses sans y penser (position, historique, recherches…).
  • Les plateformes assemblent ces miettes en un profil invisible qui a de la valeur, surtout pour la publicité ciblée.


Leçon 2.1.2 — Cookies et traceurs : qui me suit, et pourquoi

Niveau : 🟢 Découverte · Type : Texte + TP · Durée de lecture : ~10 min + TP 10 min

Objectifs de la leçon

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • expliquer ce qu’est un cookie et à quoi il sert ;
  • distinguer un cookie utile d’un cookie traceur ;
  • choisir consciemment quand une bannière de cookies apparaît.

Le cookie : un petit mot que le site te glisse dans la poche

Un cookie, c’est un petit fichier qu’un site dépose dans ton navigateur pour se souvenir de quelque chose te concernant.

Tous les cookies ne sont pas des espions. Il y a deux familles très différentes.

Les cookies utiles (ou « nécessaires »). Ils rendent le site fonctionnel : se souvenir que tu es connecté, garder ton panier d’achat rempli, mémoriser ta langue. Sans eux, tu devrais te reconnecter à chaque page. Ceux-là, on les garde.

Les cookies traceurs (ou « publicitaires »). Ceux-là ne servent pas ton confort, mais à te suivre de site en site pour alimenter ton profil publicitaire. C’est pour ça qu’après avoir regardé une paire de chaussures, tu la retrouves en pub partout pendant une semaine : un traceur a noté ton intérêt et l’a partagé.


Pourquoi cette bannière à chaque site ?

Tu as forcément vu ces bandeaux « Ce site utilise des cookies » avec les boutons Tout accepter / Paramétrer / Refuser. Ce n’est pas une décoration : la loi oblige les sites à te demander ton accord avant de déposer des cookies traceurs (on verra ce droit en 2.1.4).

Le problème, c’est que ces bannières sont souvent conçues pour te pousser à cliquer « Tout accepter » : ce bouton est gros et coloré, tandis que « Refuser » est petit, gris, voire caché derrière « Paramétrer ». C’est un piège d’interface (on appelle ça un dark pattern). Le savoir, c’est déjà ne plus tomber dedans.


🛠️ Travaux pratiques — Lire une bannière de cookies

Objectif : refuser consciemment les cookies traceurs sur un vrai site.

Marche à suivre :

  1. Ouvre ton navigateur et va sur un grand site d’actualité ou de e-commerce (un site où la bannière apparaîtra).
  2. Ne clique pas tout de suite sur « Tout accepter ». Cherche le bouton « Refuser » ou « Continuer sans accepter ». Il est souvent plus discret.
  3. S’il n’y a que « Paramétrer », clique dessus : tu verras la liste des usages (mesure d’audience, publicité ciblée, réseaux sociaux…). Désactive tout ce qui n’est pas « nécessaire », puis valide.
  4. Observe : le site fonctionne-t-il toujours normalement ? (Réponse : oui.)

Critères de réussite :

  • [ ] J’ai trouvé le moyen de refuser les cookies traceurs sur un site.
  • [ ] J’ai remarqué que « Refuser » est souvent moins visible que « Tout accepter ».
  • [ ] Le site fonctionne toujours après mon refus.

🔧 Et dans le monde du travail ? Beaucoup de métiers manipulent des sites clients et de la publicité en ligne. Comprendre les cookies et le consentement, c’est comprendre une brique de base du marketing numérique — et éviter de faire prendre des risques légaux à son employeur.


À retenir

  • Un cookie = un petit fichier qu’un site dépose pour se souvenir de toi.
  • Cookies utiles (connexion, panier, langue) = à garder. Cookies traceurs (publicité) = ceux qui te suivent de site en site.
  • Les bannières te poussent souvent vers « Tout accepter » : cherche « Refuser », il existe presque toujours.


Leçon 2.1.3 — « Si c’est gratuit, c’est toi le produit »

Schéma

Niveau : 🟢 Découverte · Type : Texte + schéma (EN-5) · Durée de lecture : ~11 min

Objectifs de la leçon

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • expliquer comment une appli « gratuite » gagne de l’argent ;
  • comprendre la phrase « si c’est gratuit, c’est toi le produit » ;
  • appliquer ce réflexe à n’importe quel service gratuit.

La question qui change tout

Pose-toi cette question toute simple : ce réseau social, cette appli, ce jeu que j’utilise gratuitement… comment font-ils pour gagner de l’argent ?

Parce qu’ils en gagnent — beaucoup. Des milliers de personnes y travaillent, des serveurs par milliers tournent jour et nuit. Ça coûte une fortune. Si tu ne paies pas avec ton argent, tu paies forcément avec autre chose.

Cette autre chose, c’est ton attention et tes données.


Le vrai modèle (schéma EN-5)

Voici comment ça marche, en trois temps :

  1. Le service est gratuit pour attirer le plus d’utilisateurs possible. Toi.
  2. Pendant que tu l’utilises, il collecte tes données et construit ton profil (leçon 2.1.1), puis il capte ton attention le plus longtemps possible.
  3. Il vend ensuite aux annonceurs l’accès à ton attention et à ton profil : « nous pouvons montrer votre pub exactement aux bonnes personnes ».

Autrement dit, dans ce modèle, le vrai client n’est pas toi — c’est l’annonceur. Toi, tu n’es pas le client : tu es ce qui est vendu (ton attention, ton profil). D’où la formule qui résume tout : « si c’est gratuit, c’est toi le produit. »

Ce n’est pas forcément « mal » : beaucoup de services gratuits sont utiles. Mais le comprendre change ton regard. Tu sais désormais que l’appli n’est pas ton amie désintéressée : elle a un intérêt à te garder le plus longtemps possible et à en apprendre le plus possible sur toi.


Le réflexe à garder pour toute la vie

Ce réflexe, tu vas le réutiliser tout au long du cours — jusqu’à la section sur les VPN.

Devant n’importe quel service gratuit, demande-toi : « Si je ne paie pas, qu’est-ce qui les fait vivre ? »

  • Si la réponse est « la publicité et mes données » → normal, mais reste lucide sur ce que tu donnes.
  • Si tu ne trouves aucune réponse crédible (un VPN gratuit inconnu, une appli mystérieuse sans pub visible) → méfiance : le modèle est peut-être la revente pure et simple de tes données, voire pire.

💡 Nuance importante. « Gratuit = suspect » n’est pas une règle absolue. Des services gratuits sont finançés autrement : dons (Wikipédia), logiciels libres, versions gratuites qui poussent vers une version payante. La bonne question n’est pas « est-ce gratuit ? » mais « qui paie, et pourquoi ? »


À retenir

  • Un service gratuit gagne de l’argent avec ton attention et tes données, revendues aux annonceurs.
  • Dans ce modèle, le client, c’est l’annonceur ; toi, tu es le produit.
  • Le réflexe pour la vie : devant tout service gratuit, demande-toi « qui paie, et pourquoi ? »


Leçon 2.1.4 — Mes droits : le RGPD expliqué simplement

Niveau : 🟡 Autonomie · Type : Texte · Durée de lecture : ~9 min

Objectifs de la leçon

À la fin de cette leçon, tu sauras :

  • dire ce qu’est le RGPD et qui il protège ;
  • citer tes principaux droits sur tes données ;
  • savoir vers qui te tourner en cas de problème (la CNIL).

Une loi qui te protège

Tu n’es pas sans défense face à cette collecte de données. Depuis 2018, une loi européenne encadre ce que les entreprises ont le droit de faire de tes données : le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données).

Son idée de fond est simple et puissante : tes données t’appartiennent. Une entreprise ne peut pas en faire n’importe quoi. Elle doit avoir une raison légitime de les collecter, te prévenir, et te laisser un contrôle dessus. C’est l’une des lois de protection les plus strictes au monde, et elle s’applique à toute entreprise qui traite les données d’Européens — même les géants américains.


Tes droits, concrètement

Le RGPD te donne plusieurs droits que tu peux exercer auprès de n’importe quel service :

Le droit d’être informé. L’entreprise doit te dire, en clair, quelles données elle collecte et pourquoi. C’est le rôle des fameuses « politiques de confidentialité ».

Le droit d’accès. Tu peux demander à voir toutes les données qu’un service a sur toi. Beaucoup proposent un bouton « Télécharger mes données » — le résultat est souvent impressionnant.

Le droit de rectification. Tu peux faire corriger une information fausse.

Le droit à l’effacement (« droit à l’oubli »). Tu peux demander la suppression de tes données, sous certaines conditions.

Le droit de refuser. Tu peux dire non au traçage publicitaire — c’est ce que fait le bouton « Refuser » des bannières de cookies.

Le consentement des mineurs. En France, en dessous de 15 ans, l’inscription à un réseau social nécessite en principe l’accord d’un parent. (En pratique peu vérifié, mais c’est la règle.)


En cas de problème : la CNIL

Si une entreprise ne respecte pas ces règles, il existe en France une autorité chargée de les faire appliquer : la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés).

Tu peux la saisir gratuitement (via cnil.fr) si un service refuse de supprimer tes données, ou en cas d’usage abusif. La CNIL peut enquêter et infliger de lourdes amendes — elle en a déjà donné de plusieurs centaines de millions d’euros à de grandes entreprises. Savoir qu’elle existe, c’est savoir qu’on n’est pas seul face aux géants.

🔧 Et dans le monde du travail ? Toute entreprise qui gère des données clients (donc presque toutes) doit respecter le RGPD. Un salarié qui connaît les bases — consentement, minimisation des données, droit d’accès — protège son employeur d’amendes et inspire confiance. C’est une compétence recherchée, même dans des métiers non techniques.


À retenir

  • Le RGPD est une loi européenne (2018) fondée sur une idée : tes données t’appartiennent.
  • Tes droits : être informé, accéder à tes données, les corriger, les faire effacer, refuser le traçage.
  • En cas d’abus, tu peux saisir gratuitement la CNIL (cnil.fr).